La chemise de Germain

Lorsque je brode sur un support-tissu c'est toujours sur du linge qui a déjà "vécu". Porté, lavé, repassé, je le considère comme perméable à ce que j'ai besoin de lui confier. Le fil rouge de mes écritures rappelle le  marquage des trousseaux d'autrefois dont les initiales empilaient des généalogies sur les étagères des armoires. Sur cette moitié de chemise est évoquée la vie d'un homme (Germain M.), telle qu'elle est résumée dans un journal local au moment de sa disparition. Une de ces toutes petites histoires qui sont la chair de l'Histoire. Glaneuse des mémoires modestes, il y a pour moi, comme une sorte de nécessité a conserver des traces, ne serait-ce qu'en quelques lignes, quelques mots, comme un dernier battement d'aile avant l'oubli.